aikido ... et ses vagues.
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    EN FAIRE ET DANATION
    C'est les autres, naturellement


    Il est des évènements qui laissent d'autant plus pantois qu'on l'était jusque là pour des raisons diamétralement opposées. Par les temps qui courent il n'y a pas tant de raisons de se réjouir. Youpi donc : le passage de Dan de février 2010 a été l'occasion d'une de ces "ré-volutions" dont l'AÎkido devrait avoir plus souvent le secret (à supposer qu'elle soit durable).

    Février 2010
    Qu'il y ait eu, en Ile-de-France, 21 reçus sur 27 candidats au 1er Dan signifie pour une part que les candidats sont quasiment tous au niveau requis, en faisant la part des dégâts dus au stress. Et cela, chacun a pu le constater.

    Mais cela veut aussi dire qu'on ne sacque plus systématiquement la moitié des postulants, comme cela se pratiquait jusqu'à présent, dans des conditions - et c'est surtout là qu'était le problème - qui alimentaient des soupçons de danbanana ne faisant pas particulièrement honneur à notre discipline.

    Autre point important : une fiche d'évaluation détaillée, établie par les deux membres du jury, est désormais remise au candidat non-admis. Jusque là, il devait se contenter d'une mention "insuffisant" aussi évasive qu'irresponsable. Ce qui peut paraître la moindre des corrections (dans les deux premiers sens du terme) devait alors être réclamé à la Fédération ! On frôle ici le symbole.

    Il faut donc tout d'abord saluer bien bas les responsables qui ont eu le courage et la sagesse de dialoguer, dans l'intérêt de tous. A une époque où bien des dojos ont des problèmes d'effectifs (dus, entre autres, à la concurrence de nouveaux arts martiaux), il était temps !

    Etant entendu qu'il s'agit ici exclusivement, rappelons-le, du 1er Dan (à plus compétent le soin de traiter des autres). L'enjeu était donc de savoir quel type de verrou étaient mis à l'évolution des élèves vers les brevets autorisant l'enseignement, donc à la transmission du savoir, la question étant nécessaire pour tous et vitale pour les courants hors-Aïkikaï.

    D'évidence, il ne s'agit plus d'un concours, et ce simple fait change tout : le dojo voisin n'est plus un concurrent, le camarade du même tatami est (ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être) un partenaire.

    Jamais personne n'a demandé que cet examen soit facilité, bien au contraire. Mais beaucoup souhaitaient, à voix plus ou moins basse, qu'il soit "juste" : en clair qu'il soit équitable d'une part. Et d'autre part qu'on sache ce que l'on veut concernant les compétences requises, et qu'on le fasse savoir à haute et intelligible voix.

    Bref, il s'agit de clarifier le programme et les critères d'évaluation, tout en tenant compte des courants multiples de l'Aikido.

    Ouvertures
    Interrogé un jour sur le nombre des techniques de l'Aikido, Moriei Ueshiba répondit "3 000 formes". Au delà de l'enthousiaste penchant du Fondateur pour l'envol poétique, cette réponse traduit concrêtement l'idée que, dans son esprit, à la louche, chaque technique était susceptible d'une dizaine de formes en moyenne (estimation faite d'après la liste actuelle des techniques recommandées pour les passages de dan, qui en dénombre environ 200 (l'imprécision étant due au nombre élastique des kokyu nage), et qui est loin d'être limitative.

    L'Aikido est traversé de multiples courants qui en font la richesse. La quadrature du cercle consiste donc à définir un périmètre d'examens respectant la vastitude de notre discipline et définissant pourtant un tronc commun cohérent, acceptable par tous et ingurgitable par chacun.

    Actuellement, certains courants de l'Aikido hors Aikikai (qui ont leurs propres dan, mais dont ils ne peuvent se prévaloir vis à vis de "l'extérieur"), détenteurs d'un savoir qui profiterait à tous d'être mieux connu, doivent assimiler double dose pour passer les dan fédéraux. Il est excellent (opinion personnelle) d'amener des pratiquants à sortir d'un nombrilisme ombrageux qui peut aller jusqu'à l'obtus (voire à l'asphyxie), et les encourager à se coltiner des formes qu'ils dénigraient si volontier lorsqu'ils ne les connaissaient pas. Ce qui leur permettrait, en découvrant le vaste monde, de mieux comprendre la richesse de leur identité. Car en matière d'accueil et de rayonnement, il en est qui ont tout à apprendre (à bons entendeurs).

    Mais, par exemple, lorsqu'on consacre 50% de son temps aux armes, on ne peut pas consacrer 99% de son temps au "main nue". Dans ces conditions, ne pourrait-il pas y avoir des aménagements au niveau des examens, mais dans la transparence et selon des principes d'une objectivité indiscutable ?

    Et d'ailleurs, pourquoi ne pas étendre la réflexion, et ouvrir les examens à un système d'"unités de valeurs" permettant de faire valoir, en option, des compétences venant d'autres disciplines, dont des jury chevronnés pourraient détecter l'intérêt par rapport à l'Aïkido, même s'ils n'en sont pas spécialistes : kata d'armes (et de différents courants) ou de Karate, Iaïdo, Hapkido etc. Cela pourrait utilement compenser un trou de mémoire ponctuel ou une maladresse inhabituelle. Et permettrait probablement de découvrir de nouvelles pistes.

    Et pourquoi ne pas ouvrir la possibilité (en option, toujours) de travaux écrits, de "mémoires", encourageant les candidats à ne pas aikidoker idiots, en orientant les sujets vers la "culture générale martiale" ?

    La part du spectacle
    Et si l'on craint un afflux ingérable de candidats (bien improbable aujourd'hui), il reste la solution d'un "examen probatoire", de "figures imposées", en public restreint et sur un programme limité, permettant d'évaluer, au calme, les compétences purement techniques jugées indispensables, du candidat.

    Tout cela pour dire que, si l'épreuve de 15 minutes telle qu'elle existe aujourd'hui, devant un public nombreux et forumeur (parfois à tort et à travers), est nécessaire pour assurer une relative transparence, il n'empêche que d'autres voies pourraient utilement être explorées pour promouvoir de bons aikidoka qui ne seraient pas des bêtes de scène.

    Catalogue
    Il faut donc commencer par le commencement, et faire un travail de recensement objectif, afin de déterminer, pour chaque technique, ses formes "conventionnelles" : le terme n'a rien de péjoratif, il désigne simplement les formes officiellement considérées comme "préconisées", ou du moins "admises", lors des passages de dan, et publiées comme telles.

    La remarque vaut surtout pour les techniques atypiques (Aihanmi katatedori Nikyo ura, Hanmi handachi Waza Katatedori Shihonage ura, Ryote dori Kote gaeshi, Katadori Men uchi Shihonage...).

    Il est bien évident que ces formes, considérées comme des pièges par les candidats, n'ont pas été mises au menu des examens par cruauté mentale : les raisons pour lesquelles elles sont plus appropriées que les formes classiques sont précisément une source de réflexions sur la relation Tori / Uke dans certaines formes d'attaque. Mais, dites-le clairement, Ô Grands qui nous gouvernent, l'ignorer justifie-t-il, oui ou non, un haut-le-coeur du jury et un recalage au niveau du 1er dan ?

    Et puis les attaques Eri dori, Muna dori, Hiji dori, Jodan Tsuki sont-elles au programme, oui ou non ? Et tant qu'on y est, profitez-en pour préciser les règles du Juwaza : les immobilisations sont-elles admises ? Jusqu'à quel point refaire une technique est-il pénalisant ? Et puis, tant qu'à faire, on pourrait codifier une fois pour toute les "conventions de placement", du moins pour les contextes d'examen.

    Valse avec...
    Mais plus généralement, même en s'en tenant strictement à la pratique AÏkikai, y a-t-il blasphème à dire que certaines techniques comportent des nuances notables suivant les Fédérations ? Citons, pour l'exemple, les Iriminage qui exposent les tori FFAB imprudents à un coup de boule dans la figure par d'innocents uke FFAAA un peu trop vifs, les Katadori Menuchi qui sont pratiqués plutôt irimi par les FFAB et franchement tenkan par les FFAAA, les Sankyo omote en tachiwaza où l'épaule est bien difficiles à caser si uke s'effondre obligeamment, les immobilisations ura en suwariwaza où certains contournent beaucoup plus profondément, d'où un pas de plus, etc. etc.

    Il est frappant de constater qu'au niveau du 3ème dan les réactions des uke sont très homogènes quelle que soient leurs origines : le rythme, le tonus, la réactivité, l'adaptabilité, la fluidité, la finesse de perception, la précision des points-clé les unifient. D'autant plus qu'à ce niveau les aikidoka ont souvent une expérience de l'enseignement, donc du contact avec le "public". Mais au niveau du 1er dan, le stress aidant et la proportion d'"hors Aikikai" étant plus importante, le comportement d'uke peut être totalement déconcertant, sans préjuger de sa valeur.

    Dans ces conditions, et compte-tenu des "arrangements" (Ô le vilain mot) possibles, il est difficile de prétendre être équitable en affichant le principe (dont on ne comprend pas l'intérêt et qui ne pénalise que celui qui joue le jeu), d'un uke dont tori est censé tout ignorer jusqu'à l'instant de l'hymen. D'autant plus qu'une trop grande différence de gabarit peut défavoriser tori, n'en déplaise aux partisans d'un Aikido "massif". Un seul exemple : pour les Koshi nage où tori n'a pas de "prise" sur le bras déterminant (Ushiro Ryote dori, Kubishime) un petit tori peut toujours courir pour basculer un grand uke récalcitrant.

    Après tout, étant entendu (du moins on peut l'espérer) qu'il ne s'agit pas d'un sport de compétition, pourquoi le candidat ne se présenterait-il pas, carrément, avec un uke de son choix ? Et faute de partenaires disponibles dans son dojo, les stages pourraient ainsi jouer le rôle de "bourse aux uke", favorisant une sympathique exogamie.

    Les orientations
    Recaler en invoquant "un manque d'irimi", cela voulait-il dire, dans l'esprit de l'examinateur, que le candidat manquait de tonus, ou qu'il privilégiait abusivement des formes tenkan ? "Un problème de Ma aï ou de De aï" : fort bien, la distance et le timing sont bien sûr des points essentiels. Mais le candidat pratiquait-il trop loin ou trop près ? Etait-il trop rapide, ou trop lent, ou mal synchronisé, ou saccadé, ou déconcentré ou... A moins que cela ne concerne une histoire d'état d'âme.

    En fait, à en juger par les difficultés à clarifier respectivement, tout bêtement, omote / ura, formes tenkan / formes irimi, irimi-tenkan / taisabaki, etc. le nippophile averti est en droit de se demander parfois, dans le contexte des examens, ce qu'un recours inconsidéré à des concepts nippophones (souvent nébuleux pour des esprits occidentaux) doit au goût pour le flou artistique.

    Ô vous Bicéphales qui présidez aux destinées de l'Aikido, et accessoirement aux nôtres, s'il vous plait, achevez de vous comprendre, essayez de nous comprendre, et par pitié soyez clairs.

    Vous pourriez publier une typologie de formes conventionnelles, quitte à utiliser les moyens audiovisuels (si accessibles aujourd'hui) et définir votre attente autrement que par des circonlocutions à géométrie variable (ce qui permettrait, par la même occasion, de définir le contour du 2ème dan).

    Et puis vous pourriez utilement tirer une synthèse générale de chaque session d'examen et publier officiellement des orientations et préconisations, à la libre méditation de chaque aikidoka, et à la souhaitable intégration de chaque dojo en fonction de son style (et l'idée vient d'infiniment plus autorisé que l'humble auteur de ces lignes).

    ... et les autres
    "S'enrichir des différences" : c'est un thème de stage (février, Le Blanc-Mesnil). Qu'attendons-nous pour découvrir notre Aikido à travers la démarche et le point de vue des autres ?

    Peut-être un jour se fera-t-on paléo aikidologue ou futuro aikivisionnaires, à la recherche de quelque chose qui ressemblerait à un tableau périodique des éléments, à la Mendeleiev, mais truffé de trigrammes, oublié quelquepart sur le pont flottant du ciel.

    On ira de dojo en dojo à la recherche de perles rares qu'ils tireront de derrière les fagots. Alors on sortira le compas, le fil à plomb et le sextant. Et puis on ouvrira un bon pack de jus de fruits et on chantera et on dansera.

    On cheminera pieds nus, tout chenus, soutenus de nos jo, on dormira dans les granges. Dans le frémissement confus des chantiers qui commencent.

    Bon, bon, d'accord, stop.